Les Anopheles sont des moustiques au sein desquels se trouvent les espèces vectrices des parasites Plasmodium, agents étiologiques du paludisme.

En Bolivie, quatre espèces de Plasmodium infectant l’Homme ont été recensées (sur les cinq connues à l’échelle mondiale).

Deux d’entre elles sont aujourd’hui considérées comme rares dans le pays :

    • Plasmodium ovale, espèce principalement africaine, a été détectée chez des patients boliviens ayant séjourné en zone d’endémie en Afrique (notamment des cas importés chez des militaires), sans qu’aucun cas autochtone n’ait jamais été confirmé ;
    • Plasmodium malariae, historiquement signalé en Amazonie bolivienne dans les années 1960, n’a plus été observé depuis plusieurs décennies en circulation locale.

Deux espèces ont en revanche longtemps été, et sont encore en partie, responsables de la transmission locale :

    • Plasmodium falciparum ;
    • Plasmodium vivax.

Historiquement, P. vivax représentait plus de 80 % des cas de paludisme enregistrés en Bolivie. Cependant, depuis 2017, aucun cas autochtone de P. falciparum n’a été confirmé dans le pays, suggérant une disparition de sa transmission locale. Ainsi, P. vivax apparaît aujourd’hui comme la seule espèce de Plasmodium circulant de manière endémique en Bolivie, tandis que P. falciparum est devenu extrêmement rare et essentiellement importé.

Les vecteurs anophéliens restent relativement mal caractérisés en Bolivie. Au moins deux espèces sont classiquement considérées comme vecteurs principaux :

    • Anopheles darlingi en Amazonie
    • Anopheles pseudopunctipennis dans les zones de vallée.

La liste des espèces d’Anopheles potentiellement présentes en Bolivie est présentée ci-dessous sur la page.

L’initiative VECTOBOL a permis de confirmer la présence d’environ 20 espèces conservées dans des collections entomologiques, attestant ainsi leur occurrence avérée dans le pays.

Certaines espèces restent toutefois discutées ou incertaines. An. (Nyssorhynchus) galvaoi et An. (Kerteszia) bellator ne figurent pas dans la liste provisoire. La présence d’An. apicimaculata en Bolivie demeure douteuse et pourrait résulter de confusions avec An. intermedius. An. allopha Peryassu, 1921 (nomen dubium), tel que discuté par Faran & Linthicum (1981), est également mentionné dans le pays.

Par ailleurs, une « espèce C », identifiée par des approches moléculaires (Brelsfoard et al. 2005), n’a pas encore été formellement décrite et semble phylogénétiquement proche d’An. oswaldoi. Enfin, plusieurs formes ou variants morphologiques d’An. triannulatus sont présents en Bolivie, dont au moins la forme triannulatus davisi. Pour davantage de détails, il convient de se référer à Lardeux et al. (2009).

Liste des especes de Bolivie

GenusSubgenusSpecies
AnophelesAnophelescostai
AnophelesAnopheleseiseni
AnophelesAnophelesfluminensis
AnophelesAnophelesforattinii
AnophelesAnophelesintermedius
AnophelesAnophelesmaculipes
AnophelesAnophelesmattogrossensis
AnophelesAnophelesneomaculipalpus
AnophelesAnophelesperyassui
AnophelesAnophelespseudopunctipennis
AnophelesAnophelespunctimacula
AnophelesAnophelesshannoni
AnophelesAnophelestibiamaculatus
AnophelesKertesziabambusicolus
AnophelesKertesziaboliviensis
AnophelesKertesziacruzii
AnophelesKertesziahomunculus
AnophelesKerteszialaneanus
AnophelesKerteszialepidotus
AnophelesKerteszianeivai
AnophelesKertesziapholidotus
AnophelesLophopodomyiagilesi
AnophelesLophopodomyiasquamifemur
AnophelesNyssorhynchusalbitarsis
AnophelesNyssorhynchusargyritarsis
AnophelesNyssorhynchusbenarrochi
AnophelesNyssorhynchusbraziliensis
AnophelesNyssorhynchusdarlingi
AnophelesNyssorhynchusdeaneorum
AnophelesNyssorhynchusevansae
AnophelesNyssorhynchuskonderi
AnophelesNyssorhynchuslutzii
AnophelesNyssorhynchusmarajoara
AnophelesNyssorhynchusnuneztovari
AnophelesNyssorhynchusoswaldoi
AnophelesNyssorhynchusparvus
AnophelesNyssorhynchusrangeli
AnophelesNyssorhynchusrondoni
AnophelesNyssorhynchusstrodei
AnophelesNyssorhynchustriannulatus
AnophelesNyssorhynchustrinkae
AnophelesStethomyianimbus
ChagasiaChagasiabonneae
ChagasiaChagasiafajardi
AnophelesAnophelescostai
AnophelesAnopheleseiseni
AnophelesAnophelesfluminensis
AnophelesAnophelesforattinii
AnophelesAnophelesintermedius
AnophelesAnophelesmaculipes
AnophelesAnophelesmattogrossensis
AnophelesAnophelesneomaculipalpus
AnophelesAnophelesperyassui
AnophelesAnophelespseudopunctipennis
AnophelesAnophelespunctimacula
AnophelesAnophelesshannoni
AnophelesAnophelestibiamaculatus
AnophelesKertesziabambusicolus
AnophelesKertesziaboliviensis
AnophelesKertesziacruzii
AnophelesKertesziahomunculus
AnophelesKerteszialaneanus
AnophelesKerteszialepidotus
AnophelesKerteszianeivai
AnophelesKertesziapholidotus
AnophelesLophopodomyiagilesi
AnophelesLophopodomyiasquamifemur
AnophelesNyssorhynchusalbitarsis
AnophelesNyssorhynchusargyritarsis
AnophelesNyssorhynchusbenarrochi
AnophelesNyssorhynchusbraziliensis
AnophelesNyssorhynchusdarlingi
AnophelesNyssorhynchusdeaneorum
AnophelesNyssorhynchusevansae
AnophelesNyssorhynchuskonderi
AnophelesNyssorhynchuslutzii
AnophelesNyssorhynchusmarajoara
AnophelesNyssorhynchusnuneztovari
AnophelesNyssorhynchusoswaldoi
AnophelesNyssorhynchusparvus
AnophelesNyssorhynchusrangeli
AnophelesNyssorhynchusrondoni
AnophelesNyssorhynchusstrodei
AnophelesNyssorhynchustriannulatus
AnophelesNyssorhynchustrinkae
AnophelesStethomyianimbus
ChagasiaChagasiabonneae
ChagasiaChagasiafajardi

Où sont les Anopheles ?

Au niveau provincial, la diversité spécifique des Anopheles varie d’une seule espèce à plus de quinze selon les régions.

Les provinces présentant la plus forte richesse spécifique sont principalement localisées dans les zones les plus humides de Bolivie, notamment le nord du pays, le Chapare et le Chaco humide (cf. carte ci-contre).

Ces mêmes régions — le nord de la Bolivie et le Chaco bolivien (sud du pays) — correspondent aux principaux foyers de transmission endémique du paludisme. Cette situation s’explique par la présence et l’abondance de vecteurs efficaces, en particulier Anopheles darlingi dans le nord et Anopheles pseudopunctipennis dans le sud.

À l’inverse, les zones de haute altitude, notamment l’Altiplano, sont dépourvues de Anopheles et ne permettent donc pas la transmission du paludisme.

La carte actuelle reflète également des lacunes de prospection, notamment dans certaines zones de basse altitude telles que le département du Beni (région de Trinidad) ainsi que le nord et l’est du département de Santa Cruz. Bien que des Anopheles y soient connus, les données disponibles restent incomplètes dans le cadre de l’initiative VECTOBOL

Les espèces vectrices

Bien que Anopheles darlingi et Anopheles pseudopunctipennis soient reconnus comme les principaux vecteurs du paludisme en Bolivie, les autres espèces potentiellement impliquées dans la transmission restent encore mal connues.

Historiquement, An. darlingi et An. pseudopunctipennis ont été incriminés dans la transmission du paludisme en Bolivie principalement par analogie avec les observations réalisées dans les pays voisins, sans démonstration directe systématique de la présence des parasites chez ces moustiques.

Des travaux plus récents menés dans le cadre de l’initiative VECTOBOL ont permis de confirmer leur rôle vectoriel à l’aide d’analyses moléculaires par PCR. Comme attendu, An. darlingi a été identifié comme porteur de sporozoïtes en Amazonie bolivienne. An. pseudopunctipennis a également été trouvé infecté dans les vallées et les Yungas (Lardeux et al., 2008), ainsi que dans le sud de la Bolivie, notamment dans la région de Yacuiba.

Par ailleurs, An. oswaldoi a également été détecté porteur de Plasmodium vivax dans le sud de la Bolivie (région de Yacuiba), suggérant un rôle potentiel dans certaines zones de transmission.

Chez An. darlingi, des infections par Plasmodium vivax et P. falciparum ont été mises en évidence, tandis que An. pseudopunctipennis n’a été trouvé porteur que de P. vivax.

Enfin, plusieurs autres espèces présentes en Bolivie sont reconnues comme vectrices dans les pays voisins. Elles pourraient donc représenter des vecteurs potentiels localement, en particulier lorsqu’elles sont abondantes dans certaines zones géographiques.

 

Par exemple, les cas de paludisme pouvant survenir sous forme de flambées épidémiques dans le Chapare résultent probablement de la transmission par une espèce autre que Anopheles darlingi — absent de cette région — et peut-être autre que An. pseudopunctipennis, dont la présence y est limitée.

Ces vecteurs dits « locaux » pourraient inclure, par exemple, An. braziliensis, An. oswaldoi ou An. triannulatus, espèces fréquemment observées et parfois présentes à des densités importantes dans certaines régions restreintes.

D’autres espèces présentes en Bolivie ont également été trouvées infectées par Plasmodium dans d’autres pays d’Amérique du Sud, notamment An. albitarsis, An. forattinii, An. strodei, An. marajoara, An. deaneorum, An. trinkae et An. nuneztovari. Leur implication potentielle dans la transmission en Bolivie ne peut donc pas être exclue.

An. rangeli a également été suspecté d’avoir joué un rôle lors d’une épidémie survenue dans la localité de Monte de la Víbora, dans la province d’ Obispo Santisteban (département de Santa Cruz), en 1960–1961 (Borda, 1962).

Cependant, ces espèces sont généralement observées à de faibles densités, ce qui suggère que leur rôle dans la transmission du paludisme en Bolivie demeure limité, voire marginal.

Il en va de même pour les espèces du sous-genre KertesziaAn. cruzii, An. homunculus et An. neivai — qui ont été trouvées porteuses de Plasmodium dans d’autres pays, mais sont rarement impliquées dans des flambées de paludisme.

Cette liste de vecteurs secondaires ou localisés reste toutefois très approximative, aussi bien à l’échelle de l’Amérique du Sud qu’en Bolivie. Pour de nombreuses espèces, le rôle vectoriel semble essentiellement opportuniste ou accidentel, avec un impact probablement limité — ou strictement local — sur la transmission du paludisme.